Dans l’un des derniers billets je m’énervais contre la complaisance d’une journaliste de France Info avec son invité, Claude Allègre, fer de lance des climato-sceptiques.
Quelques jours après, la même journaliste montrait une passivité identique avec un “réchauffiste”. L’interviewé (dont j’ai oublié le nom) dérape sans prévenir et fait un rapprochement plus que douteux entre le réchauffement climatique et la neige fondue aux JO de Vancouver, sans que l’intervieweur ne réagisse… une manière de respecter la neutralité politique exigée par le CSA ?
Mieux (ou pire).
La veille c’est à Jean-Paul Brighelli que France Info passait la brosse à reluire. Il a pu expliquer sur le ton de l’expert, sans même le début d’un millième de poil-du-cul de contradiction de la part de l’intervieweur, qu’on est en train de frabriquer une société atteinte d’Alzheimer généralisé avec un usage inapproprié des NTIC (essentiellement internet) à l’école (mais aussi à la maison).
La station s’est même fendue, pour appuyer les dires de l’expert, d’un mini-reportage auprès d’un drogué du portable-gadget qui (horreur) ne connaît par coeur que 2 ou 3 numéros de téléphone.
de Brighelli à Debray
J’aimerais profiter de l’occasion pour revenir sur le discours de Mr. Brighelli. Au cours de l’interview il compare le cerveau à un muscle (ce qui me semble une grave erreur anatomique doublée d’un manque de jugement certain) et avance qu’à force de ne plus l’exercer (en allant chercher par facilité des informations sur internet ou sur notre “I-truc”) nous allions perdre petit à petit cette faculté.
Si on invitait plutôt des gens comme Régis Debray à la radio, on apprendrait que
La déchéance des membres inférieurs était jadis pronostiquée chez les bipèdes motorisés. Or, moins les citadins marchent, plus ils courent. Au lieu de l’atrophie annoncée, la remusculation.
C’est le fameux effet-jogging, qui permet de prendre conscience du
caractère en général infondé tant des alarmes que des promesses “futuristes”.
Mais comme on dit dans les médias, ce genre de type (Debray) est moins “clivant”. Il ne fait pas polémique. Pourtant son analyse de la modernité est nettement plus pertinente et nuancée que celle, caricaturale, d’un Brighelli (ou son envers, en la personne d’un admirateur-béat de NTIC, dont on parlait ici).
On trouve d’ailleurs déjà des manifestations de l’effet-jogging à travers les jeux qui permettent d’exercer sa mémoire et sa vivacité intellectuelle (le sudoku, le programme du Prof. Machin, etc…). Birghelli tourne cela en ridicule en comparant ceux qui jouent à ces jeux à des malades qui s’exercent. Trouve-t-il les joggeurs ridicules ? (j’en doute)
Par ailleurs il y a fort à parier que, passé l’effet de mode, l’aspect compulsif et ultra-consumériste de l’usage de ces nouveaux outils technologiques fera long feu. Il se normalisera, et passera à une utilisation plus mature et moins “gadget”.
Mais dire cela, c’est moins vendeur que de crier à la décadence de nos sociétés modernes. Car il s’agit de ça : vendre. Faire de l’audience pour la station de radio, et refourguer sa cam’ pour l’invité (aujourd’hui on n’invite pas quelqu’un à la radio pour l’entendre raconter des trucs intelligents ; l’invité a tojours quelquechose à vendre : un livre, un programme électoral, une cause, ses fesses, …).
Conclusion
Ce billet sans queue ni tête avait pour objet de dire ma frustration. Frustration de constater la manque de professionnalisme des journalistes (à leur décharge, on ne leur laisse pas le temps de l’être). frustration devant la médiocrité d’invités qu’on nous présente comme des “intellectuels”. Frustration de voir que quelqu’un comme Debray, assassiné (symboliquement) en son temps par un grand admirateur de Botul.
