Le Blog du professeur Tournesol

Suivez l’actualité du monde de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur

De quoi l’autonomie est-elle le nom ? 27 avril 2009

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 21:53

Si je vous dis « autonomie des universités » vous me répondrez probablement c’est chouette, c’est nouveau, c’est le progrès !

C’est nouveau ?

Il n’est pas entièrement certain que cela soit nouveau. Dans la Loi n° 84-52 du 26 janvier 1984 sur l’enseignement supérieur (dite loi Savary) le mot « autonomie » apparaît 5 fois, comme ici :

Les établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel sont des établissements nationaux d’enseignement supérieur et de recherche jouissant de la personnalité morale et de l’autonomie pédagogique et scientifique, administrative et financière.


Cette autonomie tant réclamée par la Conférence des Présidents d’Université (CPU), et qui existe depuis 1984, n’est-elle pas un prétexte ? Si un simple texte législatif pouvait rendre les universités autonomes, pourquoi les présidents d’universités n’ont pas saisi cette opportunité avant puisqu’un tel texte existait ? En quoi la nouvelle loi LRU innove-t-elle en la matière ? Sur cette dernière question : la loi change l’organisation interne des universités en en imposant une nouvelle (tu parles d’une autonomie !) et transfert la masse salariale dans le budget de l’établissement.

C’est chouette ?

La nouvelle organisation (dans le novlangue on dit « gouvernance ») universitaire est la suivante : la plupart des anciennes instances (en particulier le Conseil Scientifique) deviennent purement consultatifs, le Conseil d’Administration et le président de l’université voient leur pouvoir et leurs attributions renforcés, et la gestion des carrières ainsi que des promotions se fait localement (plutôt que nationalement). Par ailleurs le nouveau mode de scrutin est majoritaire pour les élections du CA (i.e. comme pour les Conseils Municipaux), sauf qu’à l’université il y a plusieurs collège électoraux (Professeurs, Maîtres de conférence, personnel techniques et administratifs, étudiants) … ce qui rend un tel scrutain majoritaire un peu absurde (en plus de politiser inutilement les élections universitaires).

En plus de saborder les efforts du CNRS pour lutter contre l’endogamie (le recrutement local, le copinage, et autres joyeusetés) de certains établissement, cette nouvelle organisation remet à la fois le pouvoir adminsitratif et le pouvoir scientifique dans les mêmes mains (c’est une exception internationale ! Aux Etats-unis par exemple cette séparation est très marquée).

C’est le progrès ?

Si le progrès va dans le sens de l’augmentation drastique des droits d’inscription alors cette loi est assurément progressiste ! En transférant la masse salariale dans le budget des établissements, et sans l’assurance d’un financement récurrent de la part de l’Etat, il faudra bien que les universités trovent d’autres sources de financement. Et là certains présidents d’universités ont déjà une petite idée : Lionel Collet regrette par exemple qu’ « on nous donne l’autonomie des dépenses mais pas celle des recettes, notamment sur les frais d’inscription », de son côté l’OCDE émet la recommandation suivante pour la France :

Enseignement supérieur. Élargir l’autonomie des universités au-delà de ce qui a été réalisé en 2007, surtout pour la gestion budgétaire, le recrutement et la rémunération du personnel. De plus, bien qu’on ait facilité les donations de fondations privées aux universités, de nouvelles mesures sont nécessaires pour favoriser le financement privé des universités, notamment en ayant davantage recours aux droits de scolarité, cette mesure se doublant de prêts étudiants remboursables en fonction du revenu ultérieur.

Concernant la donation privée et le mécénat pour financer les universités françaises : d’une part les élites françaises ne seront pas promptes à investir dans l’avenir de l’université (j’ai déjà expliqué pourquoi ici), d’autre part on constate que la première fondation d’entreprise universitaire semble être pour l’heure essentiellement financée par des fonds publics …

La dernière source de financement envisagée par la loi LRU pour pallier au désengagement de l’Etat est la capitalisation des universités (en rendant les universités propriétaires de leurs bâtiments). On a vu que la loi a soigneusement évité de s’inspirer des exemples de réussite étrangers (notament les USA) pour ce qui est de l’organisation interne de l’université ; en revanche elle n’hésite pas à s’inspirer de ce qui échoue ! La dégringolade brutale des marchés financiers (source de financement de nombre d’universités américaines, qui sont capitalisées et possèdent même parfois leurs propres fonds d’investissement) a provoqué des coupes franches dans les budgets de la plupart des universités outre-atlantique (le MIT a par exemple vu son budget baisser de 16% !). Est-il raisonnable que la variation des cours de bourses décide des budgets des universités. Il me semble que l’enseignement supérieur et la recherche sont des services publiques : si une baisse des budgets doit avoir lieu (pourquoi pas) c’est à nos concitoyens, via leurs représentants, d’en décider.

On l’aura compris, l’autonomie n’est que le prête-nom d’un projet politique qui ne s’assume pas (tout simplement parce que les citoyens n’en voudraient pas). Ce n’est que lorsque la situation sera irréversible que viendront les mauvaises nouvelles comme l’augmentation brutale des droits d’inscription.

A quand la possibilté d’acheter une action « université machin-chose » !?

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s