Le Blog du professeur Tournesol

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Claude confond allègrement météo et climat 27 mai 2009

Filed under: Objectif Lune — professeurtournesol @ 02:08

Ce dont je doute encore, c’est que l’on puisse prédire le climat dans un siècle, alors qu’on a du mal à prédire la météo chaque semaine.

… voilà ce qu’affirme l’inénarrable Claude Allègre, chercheur retraité, d’après Libération. A toutes fins utiles, rappelons à cet ancien (et futur ?) ministre que la météo et le climat, ce n’est pas la même chose !

Quelle différence ?

La météo, cela désigne le temps qu’il fait « maintenant », ou dans pas très longtemps, et « ici », ou pas très loin. Elle se définit donc par des valeurs instantanées et locales de la température, des précipitations, de la pression, de la nébulosité (c’est-à-dire de la couverture nuageuse), etc …

Lorsqu’on parle climat on parle aussi température,  précipitations,  pression,  nébulosité, etc … à la différence près que, au lieu de s’intéresser aux valeurs instantanées et locales, on regarde les valeurs moyennes sur des années ou des dizaines d’années, et sur des zones géographiques qui sont en général importantes : continents ou fractions de continent.

Une comparaison

Versez de l’encre dans un verre d’eau et tentez une prévision concernant l’état du liquide à l’intérieur du verre après 10 minutes … je ne pense pas me tromper en affirmant que votre prédiction sera très certainement correcte. En revanche, vous aurez certainement plus de mal à prédire, à un instant donnée, et dans une région donnée du verre, le comportement précis du nuage d’encre dans l’eau.

C’est un peu effrayant de constater qu’un chercheur qui a été brillant, puisse ne pas comprendre cela.

Un éléphant, ça se trompe énormément !

Claude Allègre ne sait pas quel temps il fera dans une semaine (météo), en revanche il devrait savoir qu’il fera plus chaud au mois de juin qu’au mois de décembre (climat).

Le plus délirant dans cette affaire, c’est qu’on puisse seulement envisager de confier à un tel personnage un super-ministère de la recherche et de l’innovation. L’in-no-va-tion à un éléphant socialiste retraité de 72 piges ; la re-cher-che à un gars qui ne pige plus rien à rien !? Ce pays marche décidemment sur la tête …

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Minoritaires, Conservateurs, Isolés ? 25 mai 2009

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 06:06

D’après le gouvernement, les universitaires qui s’opposent aux réformes gouvernementales seraient minoritaires, opposés a priori à toute réforme, et isolés sur le plan international dans une forme de réaction purement « franco-fraçaise » (comme on dit souvent).

Minoritaires ?

Dans plusieurs universités, des référendums s’organisent pour savoir si les enseignants souhaitent mettre en place une forme de grève administrative (par exemple la rétention des notes) pour s’opposer au gouvernement … dans la plupart des cas les partisans de la grève administrative sont majoritaires, par exemple au département de mathématiques de l’université Lyon 1 (rapidement suivi par le département d’informatique) ou encore dans la plupart des départements de l’universités d’Orsay.

Conservateurs ?

Le succès de l’appel lancé par 29 universitaires prestigieux pour refonder l’université et plus généralement le système d’enseignement supérieur de notre pays montre à quel point les universitaires sontvolontaires pour faire évoluer les choses dans le bon sens. Par ailleurs, il convient de rappeler ques les universiatires ont acompagné sans broncher les nombreux changements et réformes qui ont eu lieu à l’université ces 10 dernières années (évolution du public étudiant, U3M, LMD, développement de la formation continue, plan campus , plan Licence, etc …). Enfin, à la proposition très concrète d’intégrer les grandes écoles aux universités (une proposition importante qui émerge de plus en plus fortement au sein de la communauté universitaire), voic ce que répond la ministre :

L’université, c’est vrai, subit durement la concurrence de filières de formation et d’écoles sélectives. Alors est-ce une faiblesse irrémédiable pour notre service public d’enseignement supérieur ? Je ne le crois pas. C’est notre héritage. A nous de savoir en faire une force. Construire, pour les étudiants, des passerelles entre écoles et universités, permettre aux universités de mettre en place des classes préparatoires en leur sein, développer les cohabilitations de diplômes, créer des écoles doctorales communes : voilà ce que les universités et les écoles sont en train de bâtir, voilà ce que je souhaite et ce que j’encourage.

La réponse de Valérie Pécresse est justement le conservatisme (« c’est notre héritage ») … quant à son souhait de voir se rapprocher les grandes écoles et les universités, on comprend alors mal les nouvelles directives qui visent à limiter à deux le nombre possible de tutelles pour un laboratoire (ce qui de fait, exclus les écoles des Unités Mixtes de Recherche qui ont déjà la tutelle d’une université et d’un organismes de recherche).

Isolés ?

Les universitaires français ne sont pas isolés dans leur lutte contre une forme de marchandisation de l’enseignement. EN Grèce les étudiants se sont révoltés, en Espagne ils remettent en cause le processus de Bologne, en Allemagne une grève aura lieu du 15 au 19 juin à propos de préoccupations très proche de celles du mouvement universitaires français.

Même en dehors de l’Europe, à l’UQAM par exemple (où la grève a duré plus d’un mois), des voix se lèvent contre une vision marchande du savoir (qu’il s’agisse de sa découverte ou de sa transmission).

Alors NON, les universitaires français en lutte aujourd’hui contre le gouvernement ne sont ni minoritaires, ni conservateurs, et encore moins isolés !

 

Le gouvernement découvre le copier-coller 17 mai 2009

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 18:15

Dans un précédent post j’écrivais que certaines mauvaises langues voyaient d’étranges similarités entre la loi LRU (pour les universités) et la loi HPST (pour les hopitaux). Des universitaires de Lyon ont organisé une journée d’information intitulée

Enseignement-Recherche-Santé, le futur d’une restructuration annoncée

Les vidéos des diverses interventions sont disponibles ici. On constate aisément que la logique à l’oeuvre est la même dans ces 3 secteurs publics … en particulier on a le désagréable sentiment que la loi LRU et la loi HPST sont identiques (on peut presque établir un dictionnaire entre les deux). De là à croire que nos ministres prennent la politique pour de la cuisine et les réformes pour des recettes … vous n’oseriez pas !!!

 

Objectif Mars

Filed under: Objectif Lune — professeurtournesol @ 17:49

Je relis depuis quelques temps la trilogie marsienne de Kim Stanley Robinson (Mars la rouge, Mars la verte et Mars la bleue). En plus d’avoir nommé un de ses personnages Bogdanov (un trait d’humour par anticipation ?) l’auteur a eu l’intelligence de faire un livre très documenté et pseudo-réaliste sur la conquête et le terraforming de la planète rouge. Plus que de la Science-Fiction, il s’agit d’une oeuvre d’anticipation qui, si elle n’échappe pas aux écueils du genre, a le mérite de rendre crédible son histoire.

En relisant ces romans qui m’avaient tellement fait rêver pendant mon adolescence, je me suis interrogé sur l’abandon (ou le ralentissement) du programme spatial. Depuis la chute du régime soviétique, la compétition symbolique que se livraient les deux blocs n’a plus de sens … il aurait à l’époque fallu un moteur se substituant à la guerre pour propulser ce programme vers des ambitions plus importantes (comme envoyer des hommes sur mars par exemple !) …

Si certains projets internationnaux de grande ampleur voient le jour (l’expérience Mars 500 par exemple), il ne faut pas y voir pour autant le signe d’une plus grande fraternité entre les peuples, réalisée dans la conquête spatiale … en réalité il s’agit bien plutôt (comme dans le cas de la Station Spatiale Internationale) d’une mutualisation des moyens révélatrice du manque d’investissement récurrent dont souffre la recherche fondamentale (dont le programme spatial fait partie).

L’acualité nous donne tout de même quelques raisons (ou au moins l’envie) d’espérer : une nouvelle mission américaine est en train d’effectuer une n-ième réparation/rénovation du téléscope Hubble (les astronautes de la navette Atlantis sont en ce moment à son chevet, à 600 km au dessus de nos têtes !) avant son remplacement dans 5 ans, et Arianne 5 a placé sur orbite les téléscopes spatiaux Herschel et Planck pour l’Agence spatiale européenne il y a 3 jours.

Pourquoi le programme spatial est-il toujours si important ? C’est tout d’abord un formidable moteur pour l’innovation technologique : les voyages dans l’espace (de matériel ou de personnes) posent tout un tas de problèmes techniques dont les solutions peuvent s’avérer particulièrement utiles et ingénieuse, y compris sur Terre. Ils sont par ailleurs le prétexte à l’étude de l’influence des milieux extrêmes (en termes biologiques, chimiques, physiques, ou même psychologique ou sociologiques !). L’espace est un laboratoire pour la recherche fondamentale aussi bien qu’appliquée, et pas seulement pour les sciences dites « dures ».

Un autre aspect de cette trilogie marsienne d’anticipation est politique. Dans le livre la conquête de Mars est pour les premiers scientifiques qui y débarquent l’occasion d’expérimentations politiques nouvelles … d’un certain point de vue les 3 livres sont un plaidoyer pour une réhabilitation de l’utopie ! le programme spatial joue également ce rôle dans l’inconscient collectif, et il n’est pas étranger qu’une société dans laquelle on affirme sans cesse que l’Histoire est finie et que son horizon indépassable s’incarne dès à présent dans une démocratie de marché s’interdise d’investir significativement (que ce soit financièrement ou symboliquement) dans un projet scientifique qui relève pour une bonne part de l’utopie.

Je conclue ce billet par un extrait de Mars la rouge qui pourrait parfaitement s’adapter à nos sociétés modernes :

Ils étaient totalement ignorants ! Tout ces jeunes avaient été soigneusement préparés à être apolitiques, ils étaient destinés à devenir des techniciens qui croyaient détester la politique, de la pâte à modeler entre les mains de leurs employeurs, comme toujours.

Une partie de l’évolution du système éducatif européen se joue là. On nous demande de plus en plus, à nous, savants et enseignants, de former de tels techniciens. Et sans être particulièrement à gauche, nous sommes beaucoup à ne pas adhérer à un tel projet politique.

 

Les conseils du ministère aux futurs enseignants 7 mai 2009

Filed under: Tryphonneries — professeurtournesol @ 10:48

Vous voulez devenir enseignant ? Rien de plus simple, cliquez sur les onglets « missions », « concours » et « carrière », sur la page dédiée du  Ministère de l’Education Nationale.  Vous pourrez lire :

La page que vous avez demandée n’existe pas