Le Blog du professeur Tournesol

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Philosophie analogique vs philosophie analytique 10 janvier 2010

Filed under: L'affaire Tournesol — professeurtournesol @ 00:20

Aujourd’hui Le Monde nous propose un éloge de la métamorphose par Edgar Morin.

Voilà un texte totalisant, qui procède quasi-exclusivement par analogie, un beau texte, un texte qui n’apprend rien et ne dit pas grand chose.

A propos de cette manière très française de philosopher (en prenant par exemple du beau pour du vrai) je conseille vivement la lecture de ce chapitre d’un livre de Jacques Bouveresse (découvert grâce au blog de David Monniaux).

Ajout : à la relecture, ce texte de Morin m’apparaît être l’œuvre d’un dilettante. Par exemple lorsqu’il écrit :

Alors que, pour Fukuyama, les capacités créatrices de l’évolution humaine sont épuisées avec la démocratie représentative et l’économie libérale, nous devons penser qu’au contraire c’est l’histoire qui est épuisée et non les capacités créatrices de l’humanité.

Ayant lu Fukuyama, je peux dire que sa thèse ne se réduit pas à la caricature qu’en fait Morin, et qui correspond à ce qu’en ont dit les médias ainsi que quelques « intellectuels néolibéraux » (que cette caricature arrangeait bien dans la mesure où elle servait leur doctrine). Le philosophe a-t-il seulement lu celui qu’il mentionne ?

 

Les maths sont-elles une science ? La question n’est pas là ! 5 janvier 2010

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 00:18

Une fois de plus, je tombe sur un article qui, au prétexte (louable) de réclamer un enseignement scientifique digne de ce nom, étale une bonne dose de préjugés et d’ignorance :

Il s’agit donc de notre avenir et de notre place dans le monde en train de se faire. Dans la crise économique mondiale que nous traversons, les pays dits émergents subissent mieux la crise car ils investissent considérablement dans les disciplines scientifiques, avec la formation de centaines de milliers de chercheurs et d’ingénieurs – notamment dans les domaines de la maîtrise des énergies -, tandis que le projet qui se dessine se concentre sur les mathématiques, qui ne sont pas des sciences. L’avenir de notre société serait-il du côté des sciences expérimentales et de leurs potentiels d’innovation (démarche inductive et systémique) ou du côté des mathématiques financières (déduction et déterminisme linéaire) et élitistes qui, justement, ont participé à la crise que nous connaissons ?

Les mathématiques ne sont pas des sciences… on peut toujours ergoter et se demander si les sciences formelles sont vraiment des sciences, il n’en reste pas moins que la science moderne s’est construite et consolidée avec et à l’aide des mathématiques (et inversement !).

L’Inde et la Chine, pays émergents, investissent massivement dans les mathématiques et l’informatique. Par ailleurs leurs performances économiques tiennent plus de la marge de croissance dont ils disposent que de leur stratégie éducative (on pourra faire des comparaisons sérieuses lorsque ces pays auront moins de 10% de leurs emplois dans l’agriculture).

L’opposition entre science expérimentale et science fondamentale est une absurdité ! Par ailleurs la frontière entre les deux n’est pas aussi nette que le suggère ce penseur du dimanche…

Il est assez surprenant de qualifier les mathématiques financières de déterminisme linéaire… le terme semble pour le moins inadéquat pour qui sait de quoi il s’agit.

La crise des subprimes est une crise du crédit… qui n’a pas grand chose à voir avec les mathématiques financières. L’évocation répétée de la responsabilité des modèles mathématiques dans la crise est un contre-feux allumé par ceux qui voudraient éviter un débat de fond sur le problème posé par un système économique mondial dont le carburant principal est la consommation de ménages (pour l’essentiel américains) qui vivent au-dessus de leurs moyens (bref, à crédit).

Heureusement, il n’y a pas que des gens sectaires chez les scientifiques (expérimentaux ou pas) :

  • le thème de la 11e rencontre Math-Industrie s’intitule « Mathématiques et Géosciences »
  • l’apport des mathématiques dans les sciences biomédicales a été considérable et continue de l’être (imagerie médicale, modèles d’écoulement sanguin pour la prévention des anévrismes, épidémiologie, etc…)
  • cette année le prix la recherche a été attribué à des mathématiciens et physiciens pour leurs travaux intitulés « Mathématiques et Écoulements Géophysiques : paramétrisations et petites échelles ».

Notre expert ès politique éducative ajoute :

Il serait grand temps, en cette année Darwin, que notre société et nos décideurs se dégagent du tropisme hiérarchique et élitiste qui considère que tout se décide au sommet des grandes administrations, surtout si les mathématiques prétendent représenter les sciences, et la philosophie toutes les humanités. Le monde des idées, c’est certainement très bien pour la reproduction sociale, mais pas pour « notre avenir à tous ». Le « droit des générations futures » – merci aux philosophes pour un concept aussi fort – interpelle notre responsabilité pour un enseignement à la fois plus « terre à Terre » et ouvert sur un avenir à construire.

Que répondre à tant d’ignorance et de mauvaise foi ? Que toutes les évidences politiques auxquelles ce Môsieur adhère probablement (espérons-le), la démocratie, les libertés publiques, les droits de l’homme, sont des concepts forgés par des philosophes socio-reproducteurs ? Que son GPS, ses datations au carbone 14, ses achats de Noël sécurisés sur internet, et même les prévisions du GIEC, sont bourrés de mathématiques élitistes ?

Même pas envie.

 

Bonne année ! 4 janvier 2010

Filed under: Cours en Stock — professeurtournesol @ 23:25

Bonne année !!!

Ce matin je reprenais le boulot. Au réveil, une excellente surprise : la ville était couverte d’un joli manteau blanc. Le lundi je me lève tôt (5 heures) : je dois préparer mon cours, qui commence à 7h45, et que, pour diverses raisons, je ne peux pas préparer avant. Aujourd’hui c’était amusant de pédaler dans la neige pour me rendre à l’université. Arrivé sur les lieux (vers 6 heures) je commence à préparer mon cours, échange quelques amabilités avec des collègues matinaux (essentiellement des personnels d’entretien), et trie mes mels.

A la fin du semestre (le cours d’aujourd’hui était le dernier) les étudiants sont moins nombreux (il faut dire que la neige un lundi 4 janvier au matin, ça n’aide pas vraiment) et ceux qui ont fait l’effort de venir (et trouvé un bus qui circule !) ne sont pas très attentifs. Obligé je fus (à mon grand désespoir) de leur faire une leçon de morale :

Mode culpabilisation ON
Alors voilà, je suis certain qu’avec les profs plus stricts on entend les mouches voler en cours ! Vous vous souvenez en début d’année quand j’ai dit que je vous considérais comme des adultes… et bien je constate qu’avec ceux qui vous traitent comme des adultes vous vous considérez comme des gamins. Finalement vous me démontrez par l’exemple qu’être « cool » c’est nécessairement être « laxiste ». J’imagine qu’avec Monsieur XXX vous ne vous permettez pas autant de libertés [tous ceux qui ont Monsieur XXX en cours font oui de la tête]. Etc…
Mode culpabilisation OFF

Résultat, même les mouches n’osaient plus faire de bruit. J’en était gêné.

Fin du cours à 9h45… j’enchaîne sur 3h de TD de 10h à 13h15 (avec une pause de 15 minutes au milieu), avec les mêmes étudiants. Absurdité pédagogique de mettre 5 heures de la même matière sur une demi-journée. Mais c’est tellement plus facile pour faire les emplois du temps (c’est en tout cas ce qu’on m’a expliqué).

Bienvenue dans l’université du IIIe millénaire, rentable et efficace (tu parles) !!! Son leitmotiv : « les étudiants et enseignants-chercheurs au service de l’administration centrale » (et non l’inverse, comme cela devrait être).

Bonne année quand même, et vive la neige de janvier !!!

Le parc de la tête d'or sous la neige