Le Blog du professeur Tournesol

Suivez l’actualité du monde de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur

Ca arxiv 2 30 novembre 2011

Filed under: Nouvelles de Moulinsart,Tryphonneries — professeurtournesol @ 10:29

Ce matin sur le serveur de prepublications ArXiV, j’ai decouvert que quelqu’un avait poste la presentation beamer d’un expose donne lors d’une conference. C’est la premiere fois que je vois une telle chose, qui ne me semble pas tout a fait opportunne (generalement on se contente de mettre le fichier .pdf de la presentation sur sa page oueb professionnelle).

Publicités
 

Globalization 29 novembre 2011

Filed under: Nouvelles de Moulinsart,Tryphonneries — professeurtournesol @ 11:08

J’ai publie il a quelques temps un article de recherche en mathematiques dont le titre contient le mot « Global » (par ailleurs, plusieurs de mes articles contiennent au moins une fois le terme « globalization » dans le corps du texte). Cela m’a vallu de recevoir recemment une invitation a contribuer a un livre intitule « Globalization », qui n’a rien a voir avec les mathematiques, et dont voici la presentation :

This book project does not interfere with definition(s), therefore any argumentative paper dealing with that topic is more than welcome. However, in order to explain the wide scope of the book and to provide suggested topics to help authors out, we will discuss the definition but also include some arising questions. Some academics see globalization as an increasing unification of the world’s economic, political, cultural and even religious orders through reduction of historic or any other barriers. In economy we can mention removing barriers in international trade such as tariffs, export fees, and import quotas, but also in removing political barriers that allow work force to easily move from one place to another. However, globalization is usually recognized as being driven by a combination of economic, technological, sociocultural, political, and biological factors. The term can also refer to the transnational circulation of ideas, languages, or popular culture through acculturation. Globalization of an aspect of the world which has gone through the process completely can be said to be globalized. This view is opposed by an alternative approach that stresses the globalization has actually decreased inter-cultural contacts and increased intra national unification or intra-national conflict increasing the possibility of international conflicts. We listed some of possible topics in bullets below.

Voici donc comment sont concus certains ouvrages collectifs : quelqu’un choisi un sujet un peu tendance et rentre quelques mots clefs dans un moteur de recherche… et l’affaire est dans le sac. Le manque de coherence scientifique ? On appelle ca de l’interdisciplinarite et le tour est joue. Quant a la qualite du refereeing process qui accompagne ce genre de projet, vous pouvez vous en faire une idee en lisant ceci sur le site de l’editeur :

To provide open access for journals and books, we at AP use a business model in which expenses of Editorial Board review, journals and books production process, book prints and shipping, and online hosting with other fees, are recovered in part by charging a publication fee to the authors for each article they publish. For AP journals the publication fee per article is US$ 1,000 (we currently offer a 65% discount!). For AP books the publication fee per article is US$ 800 (we currently offer a 65% discount!). There is no charge for publishing Editor’s articles, therefore we encourage Authors to reconsider the possibility to become Editors.

In fine, ce truc ressemble surtout a une grosse arnaque pour chercheur en mal de reconnaissance scientifique (auncun des livres annonces n’a ete publie).

L’edition scientifique ne va pas bien… et des petits malins tentent d’en profiter 🙂

 

Intertextualite 11 octobre 2011

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 13:39

Aujourd’hui sur le serveur de prepublication arXiv (dont on a deja parle ici), un article a attire mon attention.

En fait il s’agit d’un commentaire des administrateurs du site, adjoint a l’article, qui m’a interesse :

Comments: arXiv admin note: substantial text overlap with arXiv:1108.5445

C’est une excellente nouvelle : la communaute scientifique commence a prendre au serieux les problemes souleves par la course a la publication. Rien n’interdit de rediger un texte scientifique qui recycle largement des travaux anterieurs (y compris de l’auteur lui-meme, comme c’est le cas ici), mais il faut le signaler explicitement.

La situation est similaires aux recentes polemiques sur les « emprunts » faits par certains auteurs de romans francais (comme Mace-Scaron, Houellebecq, PPDA, chaque cas etant assez different). Si l’on met de cote les plagiat caracterises, ce qui est souvent reproches aux auteurs ce sont les petits emprunts (la fameuse « intertextualite ») non references.

A l’opposee de cette pratique peu elegante, on peut citer Dan Simmons, qui s’est fait une specialite des romans a references (explicites).

 

la bosse des maths

Filed under: L'affaire Tournesol,Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 09:15

C’est assez rare pour etre note, Le Monde publie une tribune sur l’enseignement des Mathematiques. Il s’agit plus precisement de la traduction d’un texte de Sol Garfunkel et David mumford.

Cet article sera surement l’occasion d’une n-ieme confrontation entre conceptions « classique » et « moderne » de l’enseignement. Le texte, qui se veut progressiste, anticipe les critiques

Les traditionalistes vont objecter que le cursus standard enseigne le raisonnement abstrait qui a une grande valeur, même si les compétences ainsi acquises ne sont pas, par la suite, directement utilisables dans la vie quotidienne.

et donne malheureusement dans la caricature (c’est moi qui souligne)

Pour la génération précédente, les traditionalistes prétendaient que l’étude du latin, bien que sans application pratique, aidait les étudiants à développer de précieuses compétences linguistiques. Nous croyons que l’étude des mathématiques à travers les applications, tout comme l’étude des langues vivantes, fournit à la fois des connaissances exploitables et des compétences abstraites.

D’une part l’etude du latin n’est pas denuee d’applications pratiques (allant de l’etymologie, qui permet de comprendre certains mots que l’on a pourtant jamais vu avant … au marketing). D’autre part le texte est bien l’expression d’une croyance (comme le sont les vituperations des traditionalistes).

 

Tolérance zéro et économie monstrueuse 18 août 2011

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 00:25

Le concept de tolérance zéro a refait son apparition dans les médias à l’occasion des émeutes londonniennes et des réactions politiques qu’elles ont suscitées.

Un article du Monde(.fr) a attiré l’attention du Professeur Tournesol. Il se conclut sur une critique de cette doctrine, lui reprochant « d’envisager la délinquance uniquement sous un aspect répressif, c’est-à-dire d’omettre de l’analyse les facteurs sociaux et économiques qui mènent à des comportements délictueux. » Une lecture rapide de l’article du Monde laisserait même penser que la méthode est efficace mais a l’inconvénient d’être incomplète (le traditionnel oubli du « volet préventif » face au « volet répressif », comme ils disent). Pourtant, l’article mentionne (trop) brièvement une publication de Laurent Mucchielli qui a plusieurs mérites:

1. tout d’abord Laurent Mucchielli rappelle dans sa conclusion quelques vérités concernant les liens entre la doctrine de la « tolérance zéro » et la théorie de la « vitre brisée » :

« la théorie de la “ vitre cassée ” de Wilson et Kelling, dont l’expérience de police de New York s’est réclamée mais qu’elle a en réalité totalement dévoyé. Pour Wilson et Kelling, le rétablissement de la tranquillité publique dans les quartiers en difficulté devait passer par la transformation des modes de travail des policiers pour qu’ils s’insèrent dans le tissu relationnel d’un quartier et y jouer ainsi un rôle pacificateur et régulateur, en collaboration avec les habitants. « 

2. ensuite Laurent Mucchielli tente d’analyser d’un point de vue critique l’impact de ces nouvelles méthodes policières sur la baisse de la délinquance, et il remarque que :

« 1/la criminalité avait commencé à baisser à New York dès 1991-1992, soit avant l’arrivée de Bratton ; 2/ des baisses de la criminalité parfois comparables à celle de New York ont eu lieu dans quantité d’autres grandes villes américaines qui n’ont pas mis en œuvre une politique de tolérance zéro (par exemple Boston, Houston, San Diego ou encore Dallas) ; 3/ une baisse de la criminalité comparable à celle des États-Unis a eu lieu également au Canada, pays dont les politiques policières et pénales sont profondément différentes. »

Laurent Mucchielli évoque enfin 3 explications à la baisse de la délinquance en amérique du nord dans les années 90 : la baisse du chomage, la baisse du nombre de jeunes, ainsi que la fin de « l’ère du Crack ».

Ce dernier élément est également mis en avant dans un excellent livre de Steven Levitt et Stephen Dubner, Freakonomics, dont j’espère avoir l’occasion de reparler sur ce blog. Pour être complet (on aurait aimé que l’article du Monde fouille un peu plus cet aspect-là et n’en rajoute pas sur la dualité éculée répression/prévention), Levitt et Dubner notent que c’est l’évolution du prix du crack qui a changé la donne, et non celle de sa consommation (qui n’a en réalité pas baissée significativement). C’est parce que la vente de crack est devenue un business moins rentable (dû à un effondrement des cours provoqué par une surabondance de l’offre) que les membres des gangs ont arrêté de tuer et de se faire tuer pour lui.

Par ailleurs, Levitt et Dubner insistent également sur le fait que ce n’est pas tant la diminution du nombre de jeunes qui a joué un rôle dans la baisse de la criminalité ; ils « corrèlent cette baisse avec l’arrivée à maturité des enfants nés avec la légalisation de l’avortement [et] expliquent cette corrélation par le fait que lorsqu’un enfant n’est pas désiré, il a plus de risque de basculer dans la criminalité » (extrait de wikipedia).

Enfin, ils retiennent deux autres facteurs : le durcissement des peines de prisons et l’augmentation des effectifs de police. Ils rejettent la baisse du chomage comme facteur déterminant (je dois dire que c’est l’un des passages les moins convainquant et rigoureux du livre – page 163, avec par exemple l’évocation assez vague et non sourcée de « plusieurs études crédibles »).

 

Madison se bat contre la réaction 18 mars 2011

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 23:36

Un de mes collaborateurs à l’université du Wisconsin Madison m’a parlé récemment d’une bataille politique inédite entre les fonctionnaires de l’état et le gouverneur républicain fraîchement élu. Je trouvais bizarre qu’on n’en parle pas dans les médias français. Voilà qui est chose faite grâce à Marianne2.fr.

Ajout du 20 mars : la suite de l’article.

 

Centrale Paris vs ParisTech 17 février 2011

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 12:53

A lire sur lemonde.fr aujourd’hui, une interview du directeur de l’Ecole Centrale Paris.

Interrogé sur les raisons de l’absence de son école dans le regroupement ParisTech, il répond (c’est moi qui souligne) :

Le modèle ne me convient pas. Je pense qu’il ne faut pas créer de regroupement de grandes écoles sans les universités et il n’y en a pas dans ParisTech. Les querelles entre les grandes écoles et les universités sont du domaine du passé et il n’y a que des avantages à terme à s’entendre. Nous nous sommes donc rapprochés de l’université Paris 11 et de l’Ecole Normale Supérieure de Cachan pour leur excellence scientifique, de Supélec pour étendre notre base en sciences de l’ingénieur et enfin de l’Essec pour sa complémentarité en management. Nous allons mettre en commun beaucoup de nos moyens en recherche comme en formation doctorale. Les sciences de l’ingénieur et les sciences fondamentales ont beaucoup à gagner à se rencontrer. Pensez à de nouveaux outils de calcul qui permettent par exemple de modéliser la circulation du sang dans les vaisseaux sanguins. Il faut des mécaniciens et des physiciens pour comprendre les flux, des mathématiciens pour les mettre en équations et enfin des informaticiens pour créer les programmes qui permettront d’exploiter les données.

Sur la place des doctorants dans les entreprises françaises, on appréciera sa position nuancée :

La France délivre à peu près 10000 doctorats scientifiques chaque année. Un quart trouveront leur place dans l’université. 75% devront donc d’intégrer dans l’entreprise. Notre mission est donc de les préparer à avoir un métier. Mais attention, contrairement à ce qu’on dit souvent en France, le doctorat n’est pas la voie royale pour accéder à des positions éminentes dans les autres pays. A cet égard, l’Allemagne, qui est souvent citée, est une exception ! Nous avons mené une étude à l’ANRT (Association Nationale de la recherche et de la Technologie), qui a permis de démontrer que, dans les 200 premières entreprises mondiales pour le budget de recherche et développement, les docteurs ne représentaient en moyenne que 15% des comités de direction (20% en France, ce qui n’est pas si mal !). Le tout avec des différences spectaculaires puisque les docteurs n’y sont que 8% aux Etats-Unis mais 56% en Allemagne. Il faut dire qu’aux Etats-Unis, la moitié des doctorants intègrent ensuite un poste académique, les autres allant majoritairement dans l’entreprise faire de la recherche et du développement. Ce pour quoi ils sont justement formés et qu’on ne fait pas suffisamment en France.