Le Blog du professeur Tournesol

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Enfumage 28 avril 2009

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 10:59

Il semble que le décret sur le statut des enseignants-chercheurs, paru au Journal Officiel le 25 avril, diffère de la version sortie du CTPU (pour Comité Technique Paritaire des Universités, que le gouvernement doit obligatoirement consulter avant le passage du décret en Conseil des Ministres) le 25 mars . Voici ce que disait la version du CTPU :

Article 5 : « Lorsqu’ils accomplissent des enseignements complémentaires au-delà des 128 heures de cours ou 192 heures de travaux dirigés ou pratiques ou toute combinaison équivalente, les enseignants-chercheurs perçoivent une rémunération complémentaire »

Ce paragraphe était déjà source de polémiques : un certain nombre de personnes (dont le collectif de juristes « Défense du Droit ») disait qu’il laissait la porte ouverte à une modulation à la hausse du service d’enseignement sans paiement d’heures complémentaires.

De manière suprenante, la version publié au Journal Officiel est sensiblement différente :

Article 5 «Lorsqu’ils accomplissent des enseignements complémentaires au-delà de leur temps de travail tel qu’il est défini au présent article, les enseignants-chercheurs perçoivent une rémunération complémentaire dans les conditions prévues par décret»

« Le temps de travail tel qu’il est défini au présent article » ce sont les 1607 heures de la Fonction Publique. Et puisque la modulation de service implique que l’enseignant-chercheur modulé pour plus d’enseignement fait moins de recherche (ce qui reste à prouver), et donc ne dépasse pas ces 1607 heures, il est clait que les heures excédant les 192 heures de TD ne lui seront pas payées (seules le seront celles qui se situent au-delà du service modulé).

Le 24 avril on pouvait lire sur le site du Ministère de l’Enseignement Supérieur :

Le paiement des heures supplémentaires se fera au-delà du service de référence, une mesure qui existait jusqu’ici mais destinée à rassurer les enseignants-chercheurs craignant de se voir imposer plus d’heures d’enseignement.

Des preuves d’amours de ce genre, le ministère en donne tous les jours aux enseignants-chercheurs depuis plus de 3 mois !

« Il n’y a pas d’amour sans preuve d’amour. Et des preuves à la communauté universitaire, nous en donnons tous les jours. » (Valérie Pécresse, le 10 février 2009)

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Bonne fête Madame la Ministre

Filed under: Tryphonneries — professeurtournesol @ 09:58

Aujourd’hui c’est la Sainte Valérie !!!
D’après ce que j’ai cru comprendre, dans la rue on fêtera aussi la Sainte Roselyne* 🙂

* Quelques mauvaises langues prétendent voir d'étranges similitudes entre la réforme des hopitaux
et celle des universités ...
 

De quoi l’autonomie est-elle le nom ? 27 avril 2009

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 21:53

Si je vous dis « autonomie des universités » vous me répondrez probablement c’est chouette, c’est nouveau, c’est le progrès !

C’est nouveau ?

Il n’est pas entièrement certain que cela soit nouveau. Dans la Loi n° 84-52 du 26 janvier 1984 sur l’enseignement supérieur (dite loi Savary) le mot « autonomie » apparaît 5 fois, comme ici :

Les établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel sont des établissements nationaux d’enseignement supérieur et de recherche jouissant de la personnalité morale et de l’autonomie pédagogique et scientifique, administrative et financière.


Cette autonomie tant réclamée par la Conférence des Présidents d’Université (CPU), et qui existe depuis 1984, n’est-elle pas un prétexte ? Si un simple texte législatif pouvait rendre les universités autonomes, pourquoi les présidents d’universités n’ont pas saisi cette opportunité avant puisqu’un tel texte existait ? En quoi la nouvelle loi LRU innove-t-elle en la matière ? Sur cette dernière question : la loi change l’organisation interne des universités en en imposant une nouvelle (tu parles d’une autonomie !) et transfert la masse salariale dans le budget de l’établissement.

C’est chouette ?

La nouvelle organisation (dans le novlangue on dit « gouvernance ») universitaire est la suivante : la plupart des anciennes instances (en particulier le Conseil Scientifique) deviennent purement consultatifs, le Conseil d’Administration et le président de l’université voient leur pouvoir et leurs attributions renforcés, et la gestion des carrières ainsi que des promotions se fait localement (plutôt que nationalement). Par ailleurs le nouveau mode de scrutin est majoritaire pour les élections du CA (i.e. comme pour les Conseils Municipaux), sauf qu’à l’université il y a plusieurs collège électoraux (Professeurs, Maîtres de conférence, personnel techniques et administratifs, étudiants) … ce qui rend un tel scrutain majoritaire un peu absurde (en plus de politiser inutilement les élections universitaires).

En plus de saborder les efforts du CNRS pour lutter contre l’endogamie (le recrutement local, le copinage, et autres joyeusetés) de certains établissement, cette nouvelle organisation remet à la fois le pouvoir adminsitratif et le pouvoir scientifique dans les mêmes mains (c’est une exception internationale ! Aux Etats-unis par exemple cette séparation est très marquée).

C’est le progrès ?

Si le progrès va dans le sens de l’augmentation drastique des droits d’inscription alors cette loi est assurément progressiste ! En transférant la masse salariale dans le budget des établissements, et sans l’assurance d’un financement récurrent de la part de l’Etat, il faudra bien que les universités trovent d’autres sources de financement. Et là certains présidents d’universités ont déjà une petite idée : Lionel Collet regrette par exemple qu’ « on nous donne l’autonomie des dépenses mais pas celle des recettes, notamment sur les frais d’inscription », de son côté l’OCDE émet la recommandation suivante pour la France :

Enseignement supérieur. Élargir l’autonomie des universités au-delà de ce qui a été réalisé en 2007, surtout pour la gestion budgétaire, le recrutement et la rémunération du personnel. De plus, bien qu’on ait facilité les donations de fondations privées aux universités, de nouvelles mesures sont nécessaires pour favoriser le financement privé des universités, notamment en ayant davantage recours aux droits de scolarité, cette mesure se doublant de prêts étudiants remboursables en fonction du revenu ultérieur.

Concernant la donation privée et le mécénat pour financer les universités françaises : d’une part les élites françaises ne seront pas promptes à investir dans l’avenir de l’université (j’ai déjà expliqué pourquoi ici), d’autre part on constate que la première fondation d’entreprise universitaire semble être pour l’heure essentiellement financée par des fonds publics …

La dernière source de financement envisagée par la loi LRU pour pallier au désengagement de l’Etat est la capitalisation des universités (en rendant les universités propriétaires de leurs bâtiments). On a vu que la loi a soigneusement évité de s’inspirer des exemples de réussite étrangers (notament les USA) pour ce qui est de l’organisation interne de l’université ; en revanche elle n’hésite pas à s’inspirer de ce qui échoue ! La dégringolade brutale des marchés financiers (source de financement de nombre d’universités américaines, qui sont capitalisées et possèdent même parfois leurs propres fonds d’investissement) a provoqué des coupes franches dans les budgets de la plupart des universités outre-atlantique (le MIT a par exemple vu son budget baisser de 16% !). Est-il raisonnable que la variation des cours de bourses décide des budgets des universités. Il me semble que l’enseignement supérieur et la recherche sont des services publiques : si une baisse des budgets doit avoir lieu (pourquoi pas) c’est à nos concitoyens, via leurs représentants, d’en décider.

On l’aura compris, l’autonomie n’est que le prête-nom d’un projet politique qui ne s’assume pas (tout simplement parce que les citoyens n’en voudraient pas). Ce n’est que lorsque la situation sera irréversible que viendront les mauvaises nouvelles comme l’augmentation brutale des droits d’inscription.

A quand la possibilté d’acheter une action « université machin-chose » !?

 

Louvain fait monter la sauce

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 06:46

Demain commence à Louvain un sommet européen qui réunit pendant deux jours, comme tous les deux ans, la conférence ministérielle pour « évaluer les progrès accomplis et les nouvelles mesures à mettre en place » dans les universités et faire le point sur les réformes universitaires engagées et celles à mettre en œuvre.
Depuis samedi se tient un contre-sommet regroupant des étudiants de toute l’Europe. L’existence de ce contre-sommet atteste que, contrairement à un préjugé fort répandu, la mobilisation universitaire n’est pas un épiphénomène franco-francais :

  • en ce moment, une grève générale étudiante gagne les universités croates ;
  • à l’occasion d’un referendum organisé dans leur université, 93,1% des étudiants de l’université de Barcelone se sont prononcés pour le gel du processus de Bologne, qui vise (intention louable) à créer un grand espace européen (un marché ?) de l’enseignement supérieur, et qui inspire largement certaines réformes nationales.

Comme beaucoup de citoyens, les étudiants européens ont le sentiment que l’Europe se construit malgré eux, voire contre eux, et leur impose des réformes qu’ils jugent néfastent.

 

Une Manif Pondeuse 23 avril 2009

Filed under: Tryphonneries — professeurtournesol @ 23:03

La préfecture du Rhône n’est pas très prévoyante : hier la traditionnelle manifestation universitaire du jeudi a malencontreusement croisé la caravane UMP en campagne pour les européenees. Chacun avait l’autorisation de la préfecture, qui n’a semble-t-il pas envisagé qu’il puisse être peu judicieux que des opposants aux réformes gouvernementales croisent des militants du parti au pouvoir …

Quelques centaines de personnes ont effectué une farandole pacifique autour de la caravane pendant une grosse demi-heure. C’est au moment de quitter les lieux que l’irréparable a été commis : de jeunes terroristes ont projeté deux oeufs (vous rendez-vous compte ?!) sur la caravane, provoquant la colère justifiée du président de l’UMP Xavier Bertrand qui, sous le coup d’une émotion sincère, déclare avec quelque approximation que “200 jeunes cagoulés auraient caillassé la caravane UMP pour les européennes à Caluire” (c’est vrai quoi, soyons precis : la scène s’est déroulée dans le centre de Lyon, pas à Caluire !).

De son côté Lyon Capitale, journal lyonnais bien connu pour son marxisme rampant, accuse hypocritement l’UMP d’intoxiquer la presse avec cette histoire d’oeufs.

 

Fillon : l’université décline

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 06:06

Selon Francois Fillon

on a une université qui depuis des années décline avec des classements internationaux mauvais

Ce que le premier ministre appelle décliner (Fillon n’est-il pas d’ordinaire un grand pourfendeur de « déclinologues » ?) ce sont les statistiques suivantes (d’après l’université de Shanghaï*) :

2003 … ? … ? …. 9 …. 2
2004 … 6 … 3 … 13 … 2
2005 … 6 … 3 … 13 … 2
2006 … 6 … 3 … 12 … 2
2007 … 6 … 3 … 12 … 2
2008 … 7 … 4 … 14 … 3

La première colonne indique l'année, la deuxième le rang mondial de la France, la troisième son rang
européen, la quatrième le nombre d'universités françaises parmis les 100 premières en Europe, et la
dernière le nombre d'universités françaises parmis les 25 premières en Europe.

A bien y regarder, la France n’est-elle pas tout simplement à sa place ? Par ailleurs, il convient d’ajouter que le classement de Shanghaï est l’objet de vives critiques concernant sa méthodologie , notament par des scientifiques de premier plan comme Albert Fert (prix Nobel de physique).

* Rappelons que l'université qui publie ce fameux classement si polémique
n'est pas particulierement brillante ...

 

Rumeur et tremblements 21 avril 2009

Filed under: Nouvelles de Moulinsart — professeurtournesol @ 21:28

Une rumeur court sur le prochain départ de Lionel Collet de la présidence de l’Université Lyon 1 et de la Conférence des Présidents d’Universités pour devenir directeur de cabinet du remplaçant de Valérie Pécresse à l’Enseignement Supérieur et la Recherche (que d’autres rumeurs désignent comme étant Claude Allègre).

Si cela se confirme, les étudiants peuvent légitimement s’inquiéter de la question des frais d’inscription ; en effet, Lionel Collet est favorable à leur évolution, et selon l’Observatoire Boivigny il regrette qu’

on nous donne l’autonomie des dépenses mais pas celle des recettes, notamment sur les frais d’inscription

Tout un programme !